La paix de dieu et la trêve de dieu

Dans un monde occidental où la guerre privé des grands seigneurs faisait des ravages parmi les populations, l’Eglise s’efforça de rétablir la Paix à la place des souverains. Ces actions de pacifications sont la paix et la trêve de Dieu.

I ) La paix de dieu.

A ) La naissance de l’idée de paix de dieu.

La paix, est à la fin du Xème siècle le résultat du comportement d’un peuple de « saints ». Mais maintenir la paix publique résume les obligations d’un gouvernement. Cependant l’organisation de la paix par les laïcs prêtait à la critique depuis la fin de l’empire carolingien. Mais l’idée que les évêques et abbés puissent s’en mêler n’avait rien de choquant. Rangés parmi les grands des royaumes depuis l’époque des carolingiens, ils avaient pris l’habitude de participer aux assemblées du qui se tenaient autour des rois et des princes et n’ignoraient rien des « questions temporelles ». Certains d’entre eux, titulaires des droit de ban, exerçaient en fait des fonctions qui en faisaient les premiers responsables du maintien de la paix.

Chefs d’une Eglise, ils étaient plus intéressée que quiconque à la protection de ses clercs et ses biens contre toute violence et autre usurpation. En un mot, que les évêques aient pris l’initiative de la paix en Auvergne et en Aquitaine ne doit pas étonner.

En effet, La « Paix de dieu » se développe en Aquitaine, en Languedoc, en Bourgogne et petit à petit dans tout le reste du royaume de France.

Nous pouvons avancer une définition de cette paix « générale » : La paix de Dieu est un serment de nature publique prononcé devant une assemblée par ceux qui portent les armes séculières jurant ainsi la paix générale.

Mais attention : il ne s’agit pas d’un mouvement de piété ou de charité. le but de la paix de dieu est de limiter et d’encadrer la violence des guerres privées (faides ou faida).

La plupart des serments entrainent l’établissement d’un compromis entre laïcs armés et ecclésiastiques. Un compromis juridique et foncier qui a probablement eu tendance à accélérer la mise en place de la seigneurie.

B ) Les grandes dates qui marquent la chronologie de la paix.

La première date que l’on peut noter est celle de la réunion du Puy (Auvergne) en 975. Sous l’initiative de l’évêque du Puy elle se limite seulement au grandes lignes de l’affaire. Mais le véritable point de départ est le Concile de Charroux en 989 suivit de celui de Narbonne en 990. Les canons de ces assemblées organisent, ou tentent de le faire, la Paix de dieu. Souvent d’ailleurs à titre partiel. Dés le concile de Charroux les grands principes des actions à mener sont arrêtés : par exemple, pour toutes les atteintes aux biens ou personnes de l’Eglise les évêques « lanceront » l’anathème sur les fautifs.

Nous pouvons donner le tableau suivant pour illustrer la progression de ce mouvement de paix :

Chronologie de la diffusion des mouvements de paix.

Charroux 989-990
Limoges 991
Puy en Velay 994
Poitiers 1011
Poitiers 1027
Bourges 1031
Beauvais 1023
Normandie (sous le nom de « paix de prince ») 1048
Angleterre 1066
Flandre 1036
Terres d’Empire 1082

Le concile de Limoges en 994 et celui de Poitiers en l’an 1000 et en l’an 1014 parachève cette paix trouve ses applications les plus forte dans le midi du royaume de France. Ces conciles sont des assemblées de « grands », laïcs et ecclésiastiques, où l’on délibèrent sur les mesures à prendre et sur les règles à édicter. Mais ce sont aussi des cérémonies où l’on montre, à la foule qui se trouve présente, les reliques des saints et où l’on lève des serments. Les deux choses étant indissociables.

L’idée de Paix de Dieu dérive en fait de la législation carolingienne et est une version cléricale de la protection que le Roi accordait aux hommes de dieu et aux églises. Les paysans et autres pauvres bénéficiaient également de cette sauvegarde puisque les conciles s’efforçaient de décourager le vol du bétail et autre délit.

Par un simple « glissement », l’idée de Paix de Dieu devenue effective, en découle la notion de la « trêve de Dieu ».

II) La trêve de Dieu.

A) Définition :

Le mot vient du germain : Triuga Dei et signifie en fait une fidélité, un engagement. C’est une suspension temporaire de toute activité guerrière. Un arrêt qui couvre seulement la journée du samedi dans un premier temps mais qui augmente par la suite du mercredi soir au lundi matin. Cette interdiction est aussi effective pendant l’Avent, le temps de Noël, le Carême et le temps pascal, puis lors des fêtes de la Vierge.

B) la trêve de Dieu :

L’idée que la trêve de Dieu serait une nouvelle paix de Dieu est fausse. La trêve est un complément presque « nécessaire » à la paix de Dieu. D’après Marc Bloch c’est « encore la manière la plus radicale de juguler les pulsions agressives de la société médiévale occidentale. »

Dés les années 1023/1025 la période de trêve est respectée. Exemple : C’est en Catalogne en 1027 que l’on voit apparaît dans les actes la trêve de Dieu. C’est aussi là une image, une copie de l’ancienne législation carolingiennes. C’est par ailleurs au concile d’Arles de 1037 et de 1041 que s’affirme cette prohibition de la guerre pour le Sud du royaume de France. Ces interdits sont en fait approfondis d’un concile à l’autre (Nouveau concile de Narbonne en 1054).

Conclusion :

La paix et la trêve de Dieu sont donc issues d’un mouvement général qui tend à limiter la guerre privé dans le monde médiéval occidental. Née au Xème siècle elle est et reste le plus sur symbole de paix jusqu’à sa « récupération » par les souverains temporels (le Roi de France, l’Empereur, les comtes de Catalogne) comme par exemple : La reconquête du territoire royal par Louis VI sur ses vassaux félons dans les années ou il fût associé au pouvoir de son père (1100/1108.). La paix de Dieu est suivie et complétée par la trêve de Dieu qui réaffirme le désir de non-violence en occident.

Bibliographie sommaire :

BALLARD M., GENET J.-Ph., ROUCHE M., Le moyen en occident, Paris, 1990.
AMANN E., DUMAS A., L’Eglise au pouvoir des laïques (888-1057), Paris, 1948.
VAUCHEZ A., La spiritualité du Moyen Age occidental, Paris, 1994.