Interdisciplinarité et humanités numériques

Bonjour,

Quelques réflexions après l’université d’été du très grand équipement ADONIS (Lyon, 3-4 sept. 2008), qui se met en place dans le monde de la recherche en sciences humaines et sociales et qui structure les humanités numériques (digital humanities).

La mise à disposition, sur le web, d’un corpus de documents numériques primaires (textes, images, données brutes issues de capteurs, etc.) pour la recherche en sciences humaines et sociales entraine la création d’une chaine de travail associant plusieurs métiers : le chercheurs, qui exprime un besoin et valide les informations sur le plan scientifique, le documentaliste qui prépare l’information et qui la rend inter-opérable à l’aide de méta-données, l’informaticien qui réalise des systèmes d’information capables de diffuser ces données et leurs méta-données, l’e-archiviste qui met en place une conservation des données numérique à long terme. Je me place ici dans le monde des données numériques dites « brutes » : donc dans la phase juste pré-éditoriale. Ce schéma est bien évidement théorique : il est rare, de nos jours, d’avoir tous ces métiers réunis autour d’un seul projet de recherche. Au niveau national ou d’un organisme cela pourrait être envisagé, mais, à ce niveau, un autre frein apparait : la difficulté du « travailler ensemble » entre partenaires venant de plusieurs établissements ou administrations. Mais les choses évolues très vite là aussi. Sans vouloir plaquer les mécanismes des méthodes industrielles sur d’autres domaines de la recherche scientifique, il est intéressant de noter tout de même les termes : « d’équipe », « diagramme de Gantt », « projet collaboratif », « colloque virtuel en ligne », commencent à se démocratiser chez les chercheurs et enseignants dans les sciences humaines et sociales.

Je pense que la notion de « chaine de compétences » présentée ci-dessus est la plus importante dans la réussite d’un projet de recherche collectif éprouvant le besoin de mettre en ligne des données afin de fédérer d’autres chercheurs ; qu’ils soient professionnels, étudiants, voir même des amateurs. Elle est souvent conditionnée par des locaux communs et qui font souvent défaut dans les sciences humaines et sociales (SHS). Une chaine de compétences doit répondre à une unité géographique, du moins au début, après quelques années, et une fois les normes bien appropriées par les acteurs, il est possible de virtualiser la chaine. La mise en place d’un projet de mise en ligne d’un corpus ou de diffusion, sur le web, d’une collection de documents numérisées entraine des phases de recherche, de production, de rendus et de valorisation des données : un processus doit répondre à un ou plusieurs cahiers des charges. A ce stade, il est intéressant d’aller chercher des conseils et des idées chez des professionnels d’autres domaines : dans les grands centres de calcul et de stockage. Là, les choses changent, les humanités numériques (digital humanities) prennent une nouvelle dimension. La chaine des compétences intègre de nouveaux domaines : les hautes disponibilités, l’OAIS, etc. Les humanités numériques sont au service de la recherche en SHS et elles font de l’interdisciplinarité une réalité et au sens large du terme.

Stéphane.

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3 Commentaires

  1. Got

    Une petite remarque pour compléter tes propos : ce que tu décris est la transformation du travail des chercheurs en SHS vers le mode « projet », avec des plannings, une organisation (physique, humaine, hiérarchique et logisitque), des impératifs, un budget précis à gérer… (au passage, c’est ce qu’on essaye de prendre en compte dans la construction du méta-portail)

    Ce changement est, à mon avis, dû à deux choses. Tu décris, la première, à savoir le besoin grandissant d’unir les compétences diverses pour mener à bien un travail de recherche. Il faut aussi être honnête et citer la seconde : le mode de financement de la recherche, aujourd’hui. Les contrats quadriennaux avaient initié cette tendance, les ANR et autres appels à projet n’ont fait que la renforcer. Je ne me prononce pas sur le bien-fondé ou pas de cette méthode, j’en suis bien incapable et il existe des avantages et des inconvénients à toutes solutions. Mais, il ne faut pas la perdre de vue, surtout pour permettre son acceptation par les chercheurs (il vaut mieux toujours être très honnête avec un chercheur en SHS ;-) ).

    Sinon, rien à voir, comme vous êtes plusieurs à l’utiliser, je finis par me demander : ça te plaît « humanités numériques » pour traduire « digital humanities » ? J’avoue que cela sonne bizarrement à mon oreille ;-)

  2. Tu as raison, la recherche par projets – avec appels d’offre – a changé (déjà) la donne. Ces deux éléments vont entrainer l’émergence, dans les SHS, du besoin de pérenniser les outils au-delà des équipes, un peu comme en astronomie avec les grands télescopes : les outils (bibliothèques numériques, plateformes de publications électroniques, réservoir de données, etc) deviennent petit à petit des biens communs, partageables, je dis bien petit à petit.

    Oui, j’aime bien les « humanités numériques ». Mais j’utilise aussi digital humanities à coté et entre parenthèses : comme référence. Dans l’hexagone, le terme me semble simple (même si j’ai encore du mal à me positionner par rapport à cette activité) mais la transformation en axiome sera longue.

  3. Dalb

    plutôt que « chaîne » qui a une connotion de servitude tout de même, j’aime bien utiliser le terme de « grappe de compétences ». Dalb

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