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Structurer les humanités numériques

Alors qu’au THATCamp de St Malo une partie de la « non-communauté » des humanités numériques structure une association francophone, la professionnalisation de ce mouvement s’accélère. Lors du dîné d’hier soir la nécessité d’une revue augmentée est apparue évidente (en tous cas pour moi). Une revue augmentée est une revue où il est possible de publier dans les articles, ou à coté des articles, des données, des programmes, des codes, qui permettent aux lecteurs de suivre le cheminement méthodologie en ayant les moyens de reproduire les démonstration, du moins de tester des choses. Pour illustrer cela, je vous invite à consulté la revue IPOL Journal que j’ai récemment découverte lors des journées Frédoc2013 d’Aussois. Je trouve cela très stimulant ! D’autant que la discussion d’hier soir a jeté les bases de la structure de la revue qui pourrait être éditée par l’association et la question de la place d’articles n’ayant pas une écriture académique a été abordée. Rubriques, cahiers, n° spéciaux, beaucoup de choses sont possibles je pense, et j’y contribuerai avec joie.

Les THATCamps sont des moments assez uniques ou les personnes s’agrègent le temps d’un « week-end » ou plus pour partager leur vision des humanités numériques/digitales. Il y a déjà des comptes-rendus en ligne, dont celui de Camille Bosqué, doctorante à Rennes2 travaillant sur les FabLab, qui a su très bien saisir par le dessin, un moment de l’atelier définissant la constituante de l’association.

Stéphane.

Exprimer simplement les métadonnées d’une page web avec RDFa

Comment exprimer des métadonnées d’une page web très simplement en utilisant la syntaxe RDFa ? Prenons exemple un billet de blog « propulsé » par WordPress. S’il existe des plugins pour cela, l’obsolescence de ces derniers peut rendre difficile leur maintien dans le temps. Autre solution, implémenter RDFa dans le code HTML du thème WordPress que l’on aura choisi. Pour ce que cela soit facile et « gérable » dans le temps, le plus simple et d’utiliser l’entête HTML <head> afin d’y placer des balises <meta> qui contiendront les métadonnées. Exprimer des métadonnées selon le modèle RDF via la syntaxe RDFa permet à des machines (principalement des moteurs de recherche) de mieux traiter l’information car elle devient plus explicite : pour une machine, une chaine de caractère peut être un titre ou un résumé, si vous ne lui dites pas que c’est un titre ou que c’est un résumé elle ne le devinera pas. A minima, il est donc possible d’utiliser les balises <meta> pour définir une structure RDF offrant la possibilité de structurer les métadonnées minimales par exemple avec le vocabulaire documentaire Dublin Core Element Set (plus connu en France sous appellation « Dublin Core simple »).

Comment faire ?

En premier, il faut indiquer dans le DOCTYPE de la page web, qu’elle va contenir des informations qui vont utiliser le modèle RDF, ainsi, le DOCTYPE sera :

<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML+RDFa 1.0//EN" "http://www.w3.org/MarkUp/DTD/xhtml-rdfa-1.dtd">

Dans la balise <html>, nous allons indiquer les adresses des vocabulaires documentaires – par l’intermédiaire de namespace XML – qui vont nous servir à typer les informations, dans notre exemple, nous allons utiliser le Dublin Core simple et le Dublin Core Terms (DC Terms) :

<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" xmlns:rdf="http://www.w3.org/1999/02/22-rdf-syntax-ns#" 
xmlns:rdfs="http://www.w3.org/2000/01/rdf-schema#" 
xmlns:xsd="http://www.w3.org/2001/XMLSchema#" 
xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" 
xmlns:dcterms="http://purl.org/dc/terms/">

Il serait possible, pour encoder plus d’information, d’utiliser plus de vocabulaires documentaires :

<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" 
xmlns:rdf="http://www.w3.org/1999/02/22-rdf-syntax-ns#" 
xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" 
xmlns:dcterms="http://purl.org/dc/terms/" 
xmlns:skos="http://www.w3.org/2004/02/skos/core#" 
xmlns:rdfs="http://www.w3.org/2000/01/rdf-schema#" 
xmlns:xsd="http://www.w3.org/2001/XMLSchema#" 
xmlns:foaf="http://xmlns.com/foaf/0.1/" 
xmlns:cc="http://creativecommons.org/ns#">

Ici, foaf nous servirait à encoder des informations relatives à une personne ou un objet décrit par les métadonnées, cc nous permettrait de signaler quelle licence creative commons s’appliquerait à ce contenu. Après avoir déclaré des les vocabulaires documentaires que nous allons utiliser, nous allons ajouter la structure RDFa au travers de balises <meta> dans l’entête <head> de la page HTML.

Dans un premier temps, à l’aide d’une balise <link>, nous allons définir l’objet numérique auquel les informations encodées en RDF seront rattachées :

<link rel="dc:identifier" href="http://monblog.com/monbillet.html" />

Cette balise définie donc un « conteneur » pour les informations que nous allons indiquer à l’aide des balises <meta>. Ce conteneur est identifié par une URI qui se trouve être là une URL, c’est à dire l’adresse de la page dans le web.

Maintenant, nous enchainons les balises <meta> qui définissent donc un ensemble de métadonnées, c’est à dire dans notre cas, des informations descriptives de la page web :

<meta property="dc:title" content="Le titre de mon billet" />
<meta property="dc:creator" content="Stéphane Pouyllau" />
<meta property="dcterms:created" content="2011-01-27" /> 
<meta property="dcterms:abstract" content="Un résumé descriptif du contenu de ma page" xml:lang="fr" /> 
<meta property="dc:subject" content="mot-clé 3" /> 
<meta property="dc:subject" content="mot-clé 2" /> 
<meta property="dc:type" content="billet" />
<meta property="dc:format" content="text/html" />
<meta property="dc:relation" content="Un lien vers une page web complémentaire" />

Il s’agit là d’un exemple minimal : un billet de blog utilisant le Dublin Core simple et peu descriptif sur le plan documentaire. Suivant la nature du contenu de la page web, il sera bien sur possible d’être plus précis, plus fin et plus complet dans les informations encodées. Le DC Terms permettra avec :

<meta property="dcterms:bibliographicCitation" content="Mettre ici une référence bibliographique" />

de proposer une forme pour une référence bibliographique dans le cas d’une page web décrivant un ouvrage par exemple. Il serait possible de passer l’ensemble du texte d’une page web à l’aide du vocabulaire SIOC en utilisant la propriété sioc:content. Il est possible également de relier des pages web entre elles (pour définir un corpus d’auteurs par exemple) en utilisant dans le vocabulaire DC Terms la propriété dcterms:isPartOf.

Il s’agit là d’un court billet présentant une façon très simple d’implémenter des métadonnées descriptives utilisant le formalisme RDF via une implémentation directe dans le code HTML, ce que l’on appelle le RDFa (« a » pour « in attributes« ). Cette implémentation, même minimale, permet d’être indexé par Isidore par exemple et d’indiquer des informations qui seront utilisées pour une meilleure indexation des données et qui pourront être ré-exposées dans la base de données RDF de ce dernier. La plateforme hypotheses.org (éditée par Open Edition) utilise cette implémentation d’RDFa. Pour cela, il faut simplement construire un sitemap (carte des liens du site web) au format xml pointant toutes les adresses URL des pages contenant du RDFa et que l’on souhaite voir indexer par Isidore.

Stéphane.

Explorons les données d’ISIDORE avec SPARQL #1

Depuis quelques semaines, j’ai pris la direction d’une unité mixte de service qui anime la très grande infrastructure de recherche Corpus-IR. Après Adonis et tout en poursuivant un peu l’animation d’Isidore, je reviens avec plaisir dans les corpus de données en SHS. Cela dit, l’avenir d’un projet tel qu’Isidore est très directement lié aux corpus et bases de données qui pourraient être indexés et annotés par Isidore. Les consortiums de Corpus-IR sont déjà au travail et proposeront des corpus de données prochainement. J’espère qu’ils seront structurés avec du RDF et voir même, pour les corpus diffusés sur le web, avec du RDFa.

Ayant donc un peu moins de temps pour écrire dans ce blog, je profite tout de même de quelques minutes pour vous inviter à explorer les possibilités du SPARQL endpoint d’Isidore en lançant ici une petite série de billets. Pour ouvrir la série, une requête permettant de lister les métadonnées des photos et images de MédiHAL géolocalisées sur territoire (je prends ici quelques photos de Djibouti) appartenant au référentiel géographique utilisé dans Isidore, Geonames.org :

PREFIX dcterms: <http://purl.org/dc/terms/> 
PREFIX dces: <http://purl.org/dc/elements/1.1/> 
PREFIX foaf: <http://xmlns.com/foaf/0.1/>

select ?id ?titre ?uri_pays 
?nom_auteur ?prenom_auteur ?coord_geo where { 
<http://www.rechercheisidore.fr/resource/10670/2.hlil75> ?p ?o. 
?o dcterms:identifier ?id. 
?o dcterms:title ?titre. 
?o dcterms:creator ?creator. 
?creator foaf:familyName ?nom_auteur. 
?creator foaf:givenName ?prenom_auteur. 
?o dcterms:coverage ?uri_pays. 
?o dces:coverage ?coord_geo 
FILTER (regex(?id, "10670") 
&& regex(?uri_pays, "223816") 
&& regex(?coord_geo, "[0-9]")) 
} LIMIT 500

En posant cette requête SPARQL dans l’interface d’interrogation SPARQL d’Isidore, il est possible de récupérer les métadonnées, en fait les informations contenues dans les métadonnées, sous la forme de triplets RDF. Ces triplets RDF, base du web de données, peuvent donc être redondant si l’information fait appel aux même étiquettes d’un même vocabulaire (cf ex. ci-dessous). Le résultat de la requête est présenté dans différents formats (RDF/XML ; HTML ; json…).

A partir de là, de nombreuses petites applications web sont possibles, elle sont souvent nommées « mashup » car elles marient, grâce au liant que permet l’utilisation d’URIs à base d’http, plusieurs informations présentes dans le web de données.

Variantes… avec les enrichissements proposés par Isidore et issus des différents traitements effectués :

PREFIX dcterms: <http://purl.org/dc/terms/> 
PREFIX dces: <http://purl.org/dc/elements/1.1/> 
PREFIX foaf: <http://xmlns.com/foaf/0.1/>

select ?id ?titre ?uri_pays ?uri_enrichissements_ISIDORE 
?nom_auteur ?prenom_auteur ?coord_geo where { 
<http://www.rechercheisidore.fr/resource/10670/2.hlil75> ?p ?o. 
?o dcterms:identifier ?id. 
?o dcterms:title ?titre.
?o dcterms:subject ?uri_enrichissements_ISIDORE.
?o dcterms:creator ?creator. 
?creator foaf:familyName ?nom_auteur. 
?creator foaf:givenName ?prenom_auteur. 
?o dcterms:coverage ?uri_pays. 
?o dces:coverage ?coord_geo 
FILTER (regex(?id, "10670") 
&& regex(?uri_pays, "223816") 
&& regex(?coord_geo, "[0-9]")) 
} LIMIT 500

Ou encore avec les mots-clés d’origine et les enrichissements :

PREFIX dcterms: <http://purl.org/dc/terms/> 
PREFIX dces: <http://purl.org/dc/elements/1.1/> 
PREFIX foaf: <http://xmlns.com/foaf/0.1/>

select ?id ?titre ?uri_pays ?mots_cles ?uri_enrichissements_ISIDORE 
?nom_auteur ?prenom_auteur ?coord_geo where { 
<http://www.rechercheisidore.fr/resource/10670/2.hlil75> ?p ?o. 
?o dcterms:identifier ?id. 
?o dcterms:title ?titre.
?o dces:subject ?mots_cles.
?o dcterms:subject ?uri_enrichissements_ISIDORE.
?o dcterms:creator ?creator. 
?creator foaf:familyName ?nom_auteur. 
?creator foaf:givenName ?prenom_auteur. 
?o dcterms:coverage ?uri_pays. 
?o dces:coverage ?coord_geo 
FILTER (regex(?id, "10670") 
&& regex(?uri_pays, "223816") 
&& regex(?coord_geo, "[0-9]")) 
} LIMIT 500

La « vue » des triplets RDF d’une ressource est bien sur directement possible :

SELECT ?graph ?predicat ?object WHERE { 
GRAPH ?graph { <http://www.rechercheisidore.fr/resource/10670/1.f2v6vz> ?predicat ?object. } 
}

Bon, je m’arrête là pour ce premier petit billet qui n’a pas d’autre vocation que de présenter des exemples de requêtes SPARQL sur des données SHS afin de mettre un peu l’eau à la bouche aux développeurs web du domaine qui pourraient ainsi avoir des idées de mashup pour leurs productions. La prochaine fois, je présenterai comment est formé de la requête.

Stéphane.

A quoi sert la dame du CDI ?

Dans le débat qui anime « l’initiative » : comment j’ai pourri le web ; je signale un billet intéressant sur Métro-boulot-catho. Je ne partage pas la conclusion qui consiste à dire : « on ne profite vraiment du numérique que quand on a formé son esprit sans lui » car je pense que ce n’est pas le support qui est en cause, mais la façon dont « le net » est envisagé à l’école et dans l’enseignement. Nous sommes là dans cas un caricatural il me semble mais posant la question. Ainsi je trouve très pertinente la remarque dans le billet de Métro-boulot-catho :

« Alors oui, il faut une vraie formation à l’information. Mais à moins de créer une discipline documentation, ce qui n’est pas à l’ordre du jour5, cette formation ne peut se faire que dans le cadre des autres disciplines. Ce collègue, au lieu de se donner tout ce mal pour piéger ses élèves, n’aurait-il pas mieux fait d’aller rencontrer son collègue profdoc pour monter une séquence digne de ce nom ? D’emmener ses élèves deux ou trois heures au CDI, pour les faire réfléchir par eux-mêmes aux raisons qui les conduisent à utiliser Internet sans discernement ? Initier à l’information, c’est ce pour quoi les profdocs choisissent ce métier. Ce collègue va-t-il reconnaître que nous avons des propositions à lui faire ? »

Les métiers de l’information, la documentation en particulier, ont effectivement des propositions à faire et d’ailleurs pas que pour les profs et leurs élèves… je pense aussi aux chercheurs, aux informaticiens, etc. dans mon domaine. Comme je l’ai souvent dit, il faut faire au moins 50% du chemin vers la question de l’autre.

Stéphane.

Accompagner la recherche

Bonne année 2011 à tous !

Le numérique change les métiers de l’information scientifique et technique et de la communication. Il y a quelques semaines, les ingénieurs, les assistants ingénieurs et les techniciens du CNRS travaillant dans le secteur des sciences humaines et sociales étaient réunis à Paris pour une journée d’étude dans laquelle j’ai eu le plaisir de présenter MédiHAL. Je trouve cela très bien car il se créé ainsi une dynamique entre les personnes et les équipes. En discutant avec les collègues j’ai pu mesurer la nécessiter de passer rapidement d’un web de document à un web des données scientifiques fondé sur les principes du web de donnée (dont le RDF) et du linked data (la généralisation des URI). Ce qui m’a le plus frappé est le besoin, clairement exprimé maintenant, de mettre à disposition des données numériques en grande quantité tout en préservant le besoin de qualité de ces données.

Ce qui est également important, c’est la prise de conscience collective que maintenant il est possible de mettre en place des grands réservoirs de données, des bibliothèques de matériaux imprimés, manuscrits, photos, etc. et de le faire dans un cadre de travail standardisé, respectant des normes de description et s’interconnectant avec plusieurs outils d’éditions, de recherche, de traitement de l’information. La construction d’un web des données scientifiques, en SHS, est en marche et il s’intègre dans la construction du web de données général au sens du W3C. Ce web de données scientifiques n’est pas fermé sur lui-même, il est (et doit être) interopérable avec le reste du web de données. J’espère que le mouvement va s’accentuer, se développer.

Dans quelques années, les ingénieurs, assistants ingénieurs, techniciens du monde de la recherche scientifique et de l’enseignement supérieur, pourront construire des applications, des bases de données, des portails qui iront puiser de l’information directement dans le web. Ils iront interroger simultanément de multiples « triple stores » que sont ces grosses bases de données et réservoirs contenant de l’information interconnectée.

Lors de cette journée d’étude j’ai été aussi frappé de l’interaction entre les acteurs présentant des projets, plateformes, outils, méthodes : tous les projets sont interconnectés entre eux et à plusieurs niveaux ; les données aussi sont interopérables, entre elles, mais aussi vers l’extérieur, avec des données du monde entier.

Les données numériques des SHS entrent dans le web de données

Avec l’ouverture d’isidore (réalisée par le très grand équipement Adonis du CNRS) les données numériques des sciences humaines et sociales entre dans le web de données et vont bientôt rejoindre le linking open data cloud diagram ou « Lod » maintenu par Richard Cyganiak (DERI, NUI Galway) and Anja Jentzsch (Freie Universität Berlin), en tous cas, je l’espère.

Isidore est une plateforme de recherche permettant la recherche d’information dans les données numériques des SHS, quelles soient sources pour faire de la recherche ou bien publications des résultats de la recherche. J’ai le plaisir de co-diriger ce projet avec Jean-Luc Minel dans le cadre de l’équipe du Adonis, le très grand équipement du Centre national de la recherche scientifique.

Je profite de ce petit billet « auto-promotionnel » pour remercier Gautier Poupeau (alias Got) sans qui ce projet n’aurait pas pu être conçu et réalisé ainsi que toute l’équipe du centre pour la communication scientifique directe (Laurent Capelli, Philippe Correia, Loic Comparet, Yannick Barborini et Daniel Charnay) qui participe à ce beau projet.

Isidore moissonne des métadonnées et des données selon les protocoles OAI-PMH, des signalements d’actualités via RSS et Atom, des données structurées selon RDFa et peut se connecter à des catalogues de bibliothèques SRU/SRW (z3950). Isidore enrichit ces données en les croisant, en les qualifiant avec des thésaurii, des référentiels, des listes d’auteurs et les ré-exposent selon les principes du linked data. Pour utiliser ces données, un site web a été créé : www.rechercheisidore.fr. Vous pouvez donc interroger les articles de Revues.org, Cairn, Persée, les ouvrages, textes, images de Gallica, HALSHS, MédiHAL avec un seul formulaire et avec des liens entre toutes ces données.

Dans isidore, les métadonnées sont transformées en RDF, ainsi les données des shs entrent dans le web de données.

Mais nous sommes en version béta, alors le travail continu.

Stéphane.

Construire le web de données pour les données de la recherche en SHS : comment utiliser RDFa ?

Le web est l’un des vecteurs principaux de la diffusion des données de recherche en sciences humaines et sociales. Il permet de diffuser et d’éditer presque tous les matériaux utilisés par le chercheur et l’enseignant : de l’archive ou la bibliothèque à la publication électronique en passant par le séminaire, le colloque, la revues et le livre. L’utilisation du web comme outil d’édition, de publication et de diffusion a permis de démultiplier les accès aux documents et à l’information. Mais depuis 20 ans, l’effort a plus porté sur la mise à disposition de documents numériques (ouvrages, articles, corpus) que sur la structuration de l’information contenue dans ces documents : il est vrai que l’essor des moteurs de recherche traditionnels depuis les années 90 (d’Altavista à Google) ont permis d’atteindre et de s’y « retrouver » dans ces milliards de documents qui sont sur le web aujourd’hui. En revanche, la publication électronique des contenus des bases de données – les données elles-même qui ont toujours leurs propres structurations, pose encore des questions et des difficultés qui font que le web, s’il est plein de documents et relativement vide de données et d’informations structurées. Ainsi, les outils d’exploitation des documents que nous utilisons aujourd’hui, tel les moteurs de recherche, fonctionnent sur des réservoirs de documents encore trop cloisonnés. Ainsi, construire une page web d’information sur l’historien Georges Duby nécessite toujours d’adresser plusieurs questions (requêtes) à plusieurs moteurs de recherche (généralistes et spécialisés) ou à plusieurs formulaires de bases de données et cela même si, depuis dix ans, les techniques de l’interopérabilité ont fait de très grand progrès. Ce web « cloisonné » ne permet pas aux machines de travailler et certaines parties du web deviennent invisibles aux moteurs de recherche et même parfois aux humains (qui s’est déjà retrouver devant un formulaire de bdd en ligne un peu froid ?). Bien sur, un homme peut le faire, à la main, mais s’il veut se faire aider de machine, pour gagner du temps ou mieux, traiter plus de données, cela devient assez complexe. Surtout pour un chercheur qui ne maitrise pas forcement le SQL et dont ce n’est pas le métier. Ainsi, les données numériques sont bien rangées dans de multiples bases de données ou silot, mais nous n’avons construit que de simples petits « judas » afin de les regarder et l’éditorialisation des données ne fait pas tout, pis, elle cache parfois, sous une couche « cosmétique » (cela dit souvent nécessaire), une faible structuration des données. La faible structuration des données freine très souvent les modes de pérennisation de ces dernières donc la possibilité de leur ré-exploitation future. Il nous faut faire mieux.

Comment dépasser cela ?

Comment rendre plus accessible encore, non pas simplement les documents (au sens des fichiers) mais les informations contenues dans ces derniers sans appauvrir les formats de structuration de l’information. Comment se donner l’opportunité de construire des outils d’aide à la recherche permettant de construire – par exemple – la notice encyclopédique de George Duby, en présentant, non pas simplement la compilation du signalement de ses articles, ouvrages, conférences, mais aussi les thèmes qu’il a abordé au cours de sa carrière et en les reliant à des notions, des définitions, des illustrations, des ouvrages d’autres auteurs ? C’est tout l’enjeu de la construction du web de données, cette extension du web dont je parlais dans mon dernier billet. Il nous faut tout d’abord libérer les données après l’avoir fait avec les bases de données elles-même.

Comment faire ?

Tout d’abord un peu d’histoire. Dans les années 1995-2000, tous les acteurs de la recherche et de la culture ont massivement édité leurs bases de données sur le web, c’était l’enjeu du moment : tout le monde voulait mettre sa base en ligne, c’était un nouveau cycle dans la diffusion des documents (après le minitel, les connexions client/serveurs). Nous sommes entrés, depuis quelques années, dans un nouveau cycle dont la première phase (la première « marche » je préfère dire) a été l’interopérabilité des bases de données. En parallèle de cette phase, qui se poursuit, nous devons « ouvrir les données ». Quel curieuse expression ! Simplement, il s’agit d’exposer les données, dans toutes leurs complexités, en utilisant le cadre de la modélisation en RDF. Pour cela, il nous faut apprendre et développer des modèles de données, faire des choix de vocabulaires documentaires afin de décrire l’information contenue dans une page web, un billet de blog, un article, un inventaire de fonds d’archive, un corpus, un thésaurus ou encore une notice de bibliothèque. Pour ouvrir ces données il faut être capable de dire : « tiens ça, c’est le titre et ça là, c’est l’auteur et je te prouve que c’est bien l’auteur car je suis capable de le relier, par un principe ouvert, normalisé et connu de tous, à un référentiel (les auteurs du sudoc par exemple) et à une forme de vocabulaire (du mods, du dublin core simple, etc.) » : les documentalistes savent très bien faire cela. Ainsi, ouvrir ses données – participer à la construction du web de données – cela revient donc à structurer de l’information avec des règles communes, valables pour tout le monde du web et où donc l’implicite n’est pas le bienvenu. Ouvrir ses données au monde c’est donc vouloir diffuser les données et par uniquement les documents et surtout dire quel choix j’ai fais pour structurer l’information. Les documentalistes font (devraient) s’y régaler.

Avec l’aide de Got, je vais présenter un exemple simple. Il est possible d’exprimer selon RDF des données structurées dans une page web écrite en HTML : il s’agit de la syntaxe RDFa (pour Resource Description Framework – in – attributes). RDFa permet donc d’utiliser la mécanique du RDF tout en utilisant comme support les balises HTML.

Je prends comme exemple, très simple, une photographie et sa notice venant de MédiHAL, l’archive ouverte de photographies scientifiques que j’ai co-créé et qui est développée par le CCSD et le CN2SV. Au travers de cet exemple, je souhaite montrer qu’il ne s’agit pas que de techniques documentaires, ou que de questions informatiques, ou encore que de questions d’édition : non, il s’agit de tous cela en même temps. Ainsi, construire le web de données c’est avant tout réunir plusieurs compétences et métiers pour envisager toutes les aspects.

La consultation avec un simple navigateur web de la notice exemple ne révèle pas la présence d’une structuration de l’information selon les principes RDF et pourtant, si l’on regarde le code source, il y a une structuration, des vocabulaires RDF et des étiquettes structurant l’information. Ainsi, dans un premier temps, il faut dire que cette page contiendra du RDFa : j’ai modifié le doctype XHTML. Il est remplaçé par un doctype XHTML+RDFa :

<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML+RDFa 1.0//EN" "http://www.w3.org/MarkUp/DTD/xhtml-rdfa-1.dtd">

Notez ensuite la présence de plusieurs vocabulaires documentaires qui vont nous permettre de structurer l’information :

<html xml:lang="fr" version="XHTML+RDFa 1.0" xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" xmlns:foaf="http://xmlns.com/foaf/0.1/" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:cc="http://creativecommons.org/ns#" xmlns:dcterms="http://purl.org/dc/terms/" xmlns:rdfs="http://www.w3.org/2000/01/rdf-schema#" xmlns:geo="http://www.w3.org/2003/01/geo/wgs84_pos#" xmlns:xsd="http://www.w3.org/2001/XMLSchema#">

Pourquoi ? Puisque nous allons structurer les données contenues dans cette page web, il nous faut dire « ça, c’est le titre » : il s’agit de mettre une « étiquette » à une chaine de caractère du titre. Il nous faut construire des triplets RDF qui, par l’utilisation de prédicats (verbe), relient l’étiquette (l’objet) à la chaine de caractère du titre (sujet). Puisque nous devons dire à quel vocabulaire nous faisons référence pour dire « c’est le titre », nous les déclarons en entête. Vous reconnaitrez sans doute « dc » pour le dublin core simple (dublin core elements set ou dces), « dcterms » pour le dublin core terms, « cc » pour signaler la présence de données sous licence creative commons, « geo » pour la géolocalisation GPS, « foaf » pour décrire le document qui est ici une notice MédiHAL, etc. Ainsi je déclare là l’ensemble des vocabulaires documentaires que je vais utiliser ensuite et j’en donne la référence en ligne : http://purl.org/dc/elements/1.1/ pour le dublin core simple. Ces référentiels sont eux-même décrits et structurés en RDF : ils sont utilisés par tous et sont donc le point de référence, la norme.

Je trouve ensuite le début de ma notice, qui est matérialisée par une balise <div>  :

<div typeof="foaf:Image" about="http://medihal.archives-ouvertes.fr/medihal-00501617">

Dans cette balise (fermante à la fin de ma notice), j’y mentionne que ce qui sera dans la balise <div> est une notice d’une image et que l’URL présente dans l’attribut « about » sera l’objet auquel se rapporte les informations que je vais structurer (donc ici, un conteneur, une notice, d’une image). Les informations décrites par la suite se rapportent à cette notice (rôle du « about »), ce conteneur, accessible à cette URL. Ma données est complexe, elle est composés d’une image (qui a plusieurs représentations : plusieurs vignettes, l’image déposée, etc.) et des métadonnées, voir des commentaires (publics, privés). Pour décrire ce conteneur, j’utilise le vocabulaire foaf qui permet de décrire des ressources, des personnes ou des institutions et je vais utiliser l’élément foaf:Image. Pour la syntaxe, je vous invite à lire ce billet de Got qui présente très en détail et très clairement la syntaxe des CURIEs (ou Compact URIs) dans le monde RDF.

Dans ce <div>, je vais pouvoir structurer l’information contenue dans la données en utilisant, dans cet exemple, la balise <span> ainsi que quelques attributs : « property » pour caractériser l’information avec un vocabulaire, « rel » pour relier de l’information directement au conteneur. Ainsi pour le titre de l’image, je vais utiliser le dublin core simple (dces), nous aurons :

<span property="dc:title">Madagascar : Vallée de l'Onive aux environs de Tsinjoarivo</span>

Pour l’image en jpg présentée dans la notice (qui est l’une des représentations possibles de l’image) :

<span rel="foaf:thumbnail" about="http://medihal.archives-ouvertes.fr/medihal-00501617">
<img title="Madagascar..." id="thumb320" src="http://medihal.archives-ouvertes.fr/docs/00/50/16/17/archives/thumb320.jpg" border="0" /></span>

Là, nous caractérisons que le contenu de <img/>, c’est à dire une image en 320 pixels, est l’une des versions de l’image de la notice représentée par «  http://medihal.archives-ouvertes.fr/medihal-00501617 » : il s’agit d’une vignette de l’image d’ou « foaf:thumbnail ». Dans ce cas, il possible d’implémenter les attributs rel et about dans la balise <img>. Je l’ai mis dans un <span> pour plus de clarté. Notez que j’ai répéré dans ce <span> l’attribut « about », je n’y suis pas obligé, il est déjà signalé dans la balise <span> « mère ». Ce <span> structurant une version de l’image (une vignette de 320px de coté), j’ai préféré ré-indiquer ce « about » afin que vous compreniez bien que foaf:thumbnail (vignette) désigne une vignette de l’image déposée et dont l’URI est http://medihal.archives-ouvertes.fr/medihal-00501617.

Pour la légende, je vais utiliser le vocabulaire dublin core terms, le plus riche des dublin core avec l’étiquette dc:abstract (pour résumé) :

<span property="dcterms:abstract">Paysage rural de collines à proximité de Tsinjoarivo ; Au premier plan le bord de la terrasse de la vallée de l'Onive ; A l'arrière-plan, cultures en terrasse avec des rizières en escaliers, irriguées par un affluent du fleuve</span>

Je pourrais aussi, plus simplement mais en introduisant un peu d’implicite, utiliser dces avec l’étiquette dc:description :

<span property="dc:description">Paysage rural de collines à proximité de Tsinjoarivo ; Au premier plan le bord de la terrasse de la vallée de l'Onive ; A l'arrière-plan, cultures en terrasse avec des rizières en escaliers, irriguées par un affluent du fleuve</span>

Pour exprimer les mots clés, je vais utiliser une nouvelle fois le dces :

<span property="dc:subject"><a href="[lien vers mes mots-clés]">Madagascar</a></span>

Il est possibilité là aussi d’être plus riche, en reliant mon mot-clés à un référentiel (thésaurus par exemple) en utilisant les vocabulaires sioc et skos pour exprimer des concepts et les liaisons :

<span rel="sioc:topic" href="http://dbpedia.org/resource/Madagascar">
<span instanceof="skos:concept" about="http://dbpedia.org/resource/Madagascar">

   <span property="dc:subject"><a href="[lien vers mes mots-clés]">Madagascar</a></span>

 </span>
</span>

Pour la géolocalisation de mon image, je vais utiliser le dublin core terms avec l’étiquette « spacial », qui va me permettre de relier mon conteneur (foaf:Image) à des valeurs de latitude et de longitude. Ainsi, j’exprime dans dcterms:spatial une latitude et une longitude issues d’un GPS ou d’une géolocalisation en spécifiant que je fais référence au vocabulaire WGS validé par le W3C (geo:lat et geo:long).

<span rel="dcterms:spatial">
<span property="geo:lat" content="-19.644527589975"></span>
<span property="geo:long" content="47.709846500067"></span>
</span>

Je me limite ici à quelques éléments de cette image (en prenant du DC simple pour être pédagogique), il est possible d’aller plus loin dans la structuration (en utilisant du DC terms ou d’autres vocalulaires).

Conclusion

Le web de données est une méthode qui consiste à utiliser le web comme un espace ou les données sont structurées : c’est à dire que l’information d’un document (pdf, jpg, txt, etc.) est cartographiée, repérée, signalée et reliée à des vocabulaires, accessibles eux-même sur le web et dont la structuration est connue et explicitée. C’est un formidable enjeux pour les documentalistes, les bibliothèques et les ingénieurs et techniciens en digital humanities qui construisent des corpus scientifiques et les diffusent en ligne. Le RDFa est l’une des techniques, l’une des mécaniques possible et elle est relativement simple à comprendre car elle s’inscrit dans une évolution naturelle des choses : une sémantisation de la page web via le code HTML. Il s’agit d’une révolution mais qui s’appuie sur des éléments que tout les professionnels de l’IST peuvent maitriser. J’ai toujours pensé et dit que l’OAI-PMH était (est) la première marche vers le web de données, je pense qu’RDFa est la deuxième, du moins c’est un pont très simple pour mieux comprendre RDF et les techniques du web de données.

Stéphane.

Liens utiles pour aller plus loin :

La communauté française des digital humanities

THATCamp Paris 2010, sur la Baleine blanche - Crédits : Elodie Picard / CC

Après deux jours d’ateliers, démos, débats, discussions le THATCamp Paris 2010, la non-conférence sur les digital humanities, lance le Manifeste des digital humanities. Ce texte, fondateur de la communauté des digital humanities en France est très important. Il a permis tout d’abord de répondre à la question posée dans le THATCamp : « voulons-nous travailler ensemble ? ». La réponse est largement positive à mon sens.

Ce besoin de travailler ensemble est partagé par tous, et nous avons vu qu’il dépasse bien évidement les cadres institutionnels actuels. C’est une vision personnelle, mais ces derniers me semblent peu adaptés au développement d’une communauté qui a conscience que les actions locales se font mieux si elle s’appuient sur des structures nationales mutualisées (ex. grilles de calcul, infrastructures d’hébergement de données, services d’archivage de données numériques). J’invite tous les lecteurs de ce blog, qui soient ou qui se sentent acteurs des digital humanities à signer ce Manifeste qui pose les bases claires d’une communauté se donnant des objectifs précis.

Je pense en particulier aux documentalistes qui sont dans les laboratoires de recherche des sciences humaines et sociales, et dont certains étaient au THATCamp Paris 2010, mais que je trouve toujours trop absents de ces moments de réflexion sur l’évolution des métiers, méthodes, etc. Les documentalistes font un travail de production sur le terrain très important. Au delà des centres de documentation et des bibliothèques de recherche, certains coordonnent réellement des projets de recherche sur le plan documentaire et donc sont pleinement dans les problématiques dont nous avons discutées lors de ces deux jours.

Par exemple, le point 14 du Manifeste propose de construire, de façon itérative, des cyberinfrastructures correspondant à des besoins réels. Voici un chalenge difficile, pris entre les intérêts des économies locales de la recherche proches des chercheurs (Universités, Maisons des sciences de l’homme par exemple) et ceux « inter-nationaux », européens par exemple, pourtant nécessaires mais complexe à comprendre tant il est difficile pour un chercheur de s’y projeter.
Un exemple a été pris par Got sur les questions de l’archivage des données numériques (la mémoire du XXIe siècle). Il faut accepter de faire confiance à une autre institution, à une autre personne, pour archiver ses propres données, issues d’une collecte qui a pu prendre, parfois, toute une vie. « Accepter de faire confiance » c’est avant tout reconnaitre que l’on est pas compétent pour traiter tel ou tel sujets, ou techniques, ou méthode. Cela ne veut pas dire que l’on va perdre « la main » sur les données (les mécanismes de contrôle d’accès existent et sont fiables). Cela ne veut pas dire non plus qu’il ne faut pas tenter de comprendre (loin de moi l’idée de saucissonner les métiers et les taches), mais c’est reconnaitre qu’à un moment, il faut accepter de faire 10 à 15% d’un travail pour lequel l’on ne sera pas reconnu, qui ne comptera pas dans son évaluation personnelle, afin de transmettre à un autre de l’information afin qu’il l’archive, la traite, l’édite, la valorise, la distribue, etc. et vous la repasse parfois pour en faire autre chose. C’est l’un des enjeux majeur du Manifeste selon moi. Les cyberinfrastructures seront ce que nous en ferons, pour cela il faut accepter de faire 10 à 15% du chemin vers le collègue (l’ingénieur ou le chercheur) qui a une ou plusieurs compétences et donc qui a un Métier. C’est aussi considérer que ce qu’il fait est égal à ce l’on fait. Publier un article dans une revue de rang A est égal à concevoir un logiciel permettant de calculer des résultats à partir de données : la seconde tache permettant de faire la première, la première est dépendante de la seconde et la seconde sans la première dans pas de finalité réelle (exception faite pour les questions d’archivages).

Pour moi, il s’agit là d’une formidable aventure que la communauté des digital humanities, rassemblée autour du Manifeste, doit mener.

Crédits photos : Elodie Picard/CLEO-Revues.org – Licence Creative Commons : Attribution-NonCommercial-NoDerivs 2.0 Generic

THATCamp Paris 2010 : la communauté des digital humanities de France s’organise

La première non-conférence française sur les sciences humaines et sociales numériques (digital humanities) se tient depuis hier matin et se poursuit aujourd’hui à Paris, sur une péniche entre la BNF et le ministère des finances Bercy : David contre des Goliats ? Non, pas réellement, cette communauté est très ouverte : c’est le THATCamp Paris 2010. Cette non-conférence regroupe des ingénieurs, des enseignants-chercheurs, des techniciens, des chercheurs, des prestataires de services venant du privé, des doctorants, des post-doc, des artistes qui ont envie et besoin de travailler ensemble pour concevoir des nouvelles méthodes de travail, de nouveaux outils hybrides (hyper mashup-é), de mélanger des métiers, construire des cyber-infrastructures itératives afin de donner du liant et du sens numérique aux projets de recherche en sciences humaines et sociales. Ces projets ont pour la plupart un volet numérique (ne serait-ce que la bibliographie mise en commun entre les chercheurs d’un projet) et de plus en plus de projet doivent diffuser à la fois les sources et résultats de leurs recherches. Donc, il y avait beaucoup de monde hier sur cette péniche et l’ambiance était très studieuse, sérieuse mais aussi très chaleureuse. J’ai eu le plaisir d’animer un atelier sur les fonds iconographiques numériques qui, j’espère, a été intense pour les participants (que je remercie au passage). Le compte-rendu de cette atelier sera diffusé en ligne, sur le wiki du THATCamp Paris 2010 et les grandes lignes serviront, sans doute, à construire le Manifeste qui sortira, entre autres choses, de cette non-conférence. A quand la prochaine édition ?

Diffusion et édition de bases de données (1)

Bonjour,

La construction des savoirs passe par l’échange, la discussion, la critique et le partage. A l’heure ou l’on utilise la compétition entre les acteurs du monde des sciences pour démanteler les structures recherche, de plus en plus de données : primaires, secondaires ou/et tertiaires sont diffusées ou éditées en ligne sur le web. Dans un précédent billet je tentais, assez maladroitement, de dresser une mini chronologie des digital humanities « à la française » comme dirait Lou Burnard et ce depuis l’arrivée du vecteur web. Ce découpage n’est pas si simple car les acteurs des SHS ne sont pas tous dans une case bien précise. L’appropriation des méthodes et des bonnes pratiques de l’édition électronique sur support web est très inégale et la notion même « d’édition électronique » fait débat : beaucoup de chercheurs dissocient même l’action « d’éditer » du monde du web : un peu comme si le web ne méritait pas d’avoir ses éditeurs et l’idée même de qualité dans l’édition électronique semble parfois impossible à imaginer chez certains. Il faut donc faire œuvre de pédagogie et reprendre nos bâtons d’évangélisateurs pour diffuser les bonnes pratiques de ce domaine, savant mélange de ce qui se fait ailleurs et de ce que nous savons faire de façon collective.

Lors d’une journée d’information organisée par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) à Ivry-sur-Seine, Thierry Buquet, webmaster de l’Institut de recherche et d’histoire des textes (l’IRHT est un laboratoire du CNRS), réalisa un état de l’art de l’édition électronique dans les SHS en 2009 : il indiquait alors le fait que certains « chercheurs éditent des bases de données ». Dans le trop petit monde des humanités numériques, tout le monde comprend presque instantanément ce que cela veut dire et implique et surtout le fait que l’action d’éditer une BDD revient à fabriquer une « vue », un « regard » sur des méta-données ou des données, à un instant « T » : ce sont ces vues qui sont éditées. Les données ont pu être collectées il y a très longtemps, ou bien hier, et elles vont continuer à évoluer dans le temps. Il faudra les pérenniser, les archiver un jour… Ainsi la BDD est un réservoir dont l’une des vocations est de donner accès à de l’information au travers de méta-données (notices bibliographiques par exemple) ou directement de « données brutes » (des données spatiales, des données historiques, etc.) soit à un moment « T » via une édition électronique statique (PDF, etc.), soit via un accès « en flux » via une interface web de recherche par exemple ou via un flux d’information de type syndication (RSS, Atom, etc.), nous pouvons parler là d’édition dynamique des données. Dans ce dernier cas, les informations sont rendues accessibles juste après validation par le chercheurs ou du moins celui qui a l’autorité de valider des informations, mais le contenu de la BDD est vivant : de nouvelles données arrivent, certaines sont corrigées, d’autres supprimées (ce qui pose un problème pour les futurs historiens des sciences), etc. Il s’agit de bien faire la différence entre le fait de stocker de méta-données et des données et de mettre en place des moyens d’éditions de ces éléments. Éditer une BDD consiste donc à créer des vues, des regards, souvent multiples sur ensemble contenu dans un système d’information ou simplement dans un gestionnaire de bases de données.

Cependant, le flux n’est qu’une répétition de « vues à l’instant T » dont le cycle peut-être très court : quelques minutes, secondes, etc. Cette notion de diffusion des « informations en cours de traitement » (data in progress) est assez nouvelle pour les chercheurs des sciences humaines et sociales et elle peut être perçue de façon contradictoire par certains d’entre eux, plus habitués à communiquer seulement les résultats de la recherche qu’une combinaison de résultats étayés par les sources. Concevoir la BDD en SHS comme un réservoir évolutif de méta-données ou de données et en éditer des vues à l’instant « T », permet d’associer à un article les information sources ayant été utilisées dans celui-ci. Cela permet aussi de diffuser plus largement des données vers d’autres collègues, etc.

Mais il y a un revers à la médaille : l’abandon de BDD après la publication finale d’une recherche (c’est le cas dans les projets ANR qui sont plus court que les grands programmes des années 70-90). Avec le numérique et l’obsolescence des formats, logiciels, etc. cela provoque (provoquera) une perte de données. Il faut donc réfléchir en amont à la pérennisation/archivage et aux valorisations futures des BDD construites sur le modèle réservoir/vues. Une piste pour anticiper ces questions : application de certaines méthodes de travail très simples :

  • études, rapport d’étonnement, veille
  • gestion de projets (scénarii pour atteindre l »objectif final, planning, budget)
  • étapes de travail (objectifs à atteindre)
  • validation intermédiaire (audits internes)
  • évaluation des risques

associée à :

  • l’utilisation de standards internationaux normalisés pour l’encodage des données
  • l’utilisation de formats « ouverts » (dont les algorithmes sont ouverts, libres, et bien documentés, etc.)
  • la réalisation d’un effort pour intégrer des outils structures mutualisées.

permet assez facilement de construire et de diffuser des BDD dans le domaine des SHS. Cette réflexion et cette mise en œuvre de solutions, dans les équipes de recherche SHS, c’est le métier des ingénieurs, assistants ingénieurs en humanités numériques, mais c’est aussi celui des documentalistes et e-documentalistes, des bibliothécaires, des informaticiens.

Comprendre cette notion de réservoir d’information prenant la forme de méta-données ou de données (data in progress) et la possibilité de créer des vues multiples – qui elles peuvent être éditées et liées à un ouvrage numérique ou un article – est un point fondamental dans le déroulement d’un programme de recherche. L’édition d’une BDD ne peut se limiter à la mise en place d’un formulaire de recherche, à l’élaboration d’une maquette graphique pour en visualiser les résultats et en faire la promotion ; il faut concevoir les BDD comme des réservoirs capables de diffuser des flux de méta-données ou de données ayant de multiples formes, mais utilisant des formats connus, standards, et donnant accès à de l’information évolutive et validée par versions progressives. Cela nous amènerait-il plus facilement vers le web de données ?

Bien sur toutes les BDD n’ont pas cette vocation, certaines sont uniquement personnelles : le temps d’un article ou d’un ouvrage, mais force est de constater que le nombre de BDD personnelles (sous FileMaker Pro par exemple), qui ont tendance à évoluer vers une BDD « pour le web », est en progression constante depuis quelques années. C’est bien pour la construction des collectives des savoirs et cela fait avancer l’idée de l’importance de la pérennisation des données : mais attention à ne pas déraper dans sens inverse.

Les BDD ne sont pas des livres, mais de nos jours, elles permettent d’en faire. Les BDD ne sont pas des livres et donc elles ne se posent pas, comme un livre, sur l’étagère d’une bibliothèque.

Dans la partie 2, je présenterai la notion d’interopérabilité entre les BDD, que je détaillerai lors de l’université d’été du Centre pour l’édition scientifique ouverte (CLEO).

Stéphane.

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