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le blog de Stéphane Pouyllau

Le libre accès privatisé ?

A l’occasion de la semaine du libre accès (open access week, du 21/25 octobre 2013), j’ai découvert un peu plus le projet MyScienceWork (MSW) qui se veut être un projet de réseau social centré sur les sciences. Ces réseaux ne sont pas nouveaux, ils sont assez nombreux : de Researchgate.org à Academia.edu. De façon plus claire, sur la première page de son site web, MSW propose un moteur de recherche assez large et qui affiche au compteur 28 millions de publications, … Certains chercheurs me diront que c’est spectaculaire, merveilleux et qu’il y a tout dans ces moteurs de recherche de réseaux sociaux mais je répondrai qu’il est facile d’afficher 28 millions de publications : il suffit de moissonner soit le web et de trier les sources, soit des entrepôts d’archives ouvertes selon le protocole OAI-PMH et de faire comme OAIster.org il y a quelques années : grossir, grossir, grossir… Ensuite il faut bien sur une interface et des filtres (facettes, etc.). Il est facile de faire du chiffre dans ce domaine là quand l’OAI-PMH permet le moissonnage gratuit de métadonnées et la récupération – par exemple – des articles en PDF qui y sont déposés. Testant le moteur de recherche de MSW justement, quelle ne fut ma « surprise » de voir que ce réseau – tout en se réclamant de libre accès (leur slogan est « MyScienceWork: Frontrunner in Open Access » – en malmène largement les principes ; voir construit son projet en privatisant de la connaissance en libre accès.

MSW Login

Comme beaucoup de personnes, à la vue d’un outil de recherche en ligne, mon narcissisme reprend du poil de la bête, je requête MSW sur mon patronyme : un grand nombre de mes articles, pré-publications, documents sortent. Je me dis alors qu’ils moissonnent HAL-SHS, l’archive ouverte nationale, et que dont voilà une belle initiative valorisant les contenus en libre accès. Hélas, voulant accéder au document PDF de l’un de mes papiers (en libre accès), je découvre qu’il faut avoir un compte MSW pour télécharger le document ou le lire en ligne (c’est à dire utiliser le lecteur PDF de MSW). Résumons, alors que mes articles sont libre accès dans HAL-SHS et au passage que je me suis battu (avec les éditeurs) pour qu’ils le soient, MSW demande aux utilisateurs venant sur leur moteur de recherche de se créer un compte pour voir mes papiers ! Sans compte dans MSW impossible de télécharger l’article PDF ou de le lire.

Pire, il n’est même pas signalé l’origine des publications : ni source, ni référence d’éditeurs, et donc HAL-SHS n’est même pas mentionné ! L’url pérenne fournie par HAL-SHS n’est pas indiquée non plus, le lien proposé pointe sur une adresse « maison » de MSW qui n’a rien de pérenne (elle est explicite, mentionne le nom du réseau : http://www.mysciencework.com/publication/show/1107184/les-moteurs-de-recherche-profitent-aussi-de-la-semantique). Bref, on ne sait pas d’où vient l’article, ni dans quoi il a été publié ! Parfois une mention « In » apparait, mais pas dans mes articles. Voir la différence de traitement du même papier que j’ai déposé dans HAL-SHS et moissonné dans MSW (éditeur mentionné par ex. dans mon dépot HAL-SHS) :

Article dans hal-shs

 

Article dans msw

Je garde le meilleur pour la fin, dans le cas des dépôts dans HAL-SHS, aucun des liens proposés par MSW ne permet d’accéder à l’article PDF ! Je me suis créer un compte « pour aller au bout » et surprise : que des pages 404 (au 28/11/13) ! Rien ! Impossible d’atteindre les articles alors qu’ils sont bien dans HAL-SHS. Bien sur, sur ce point, il doit sans doute s’agir d’une interruption « momentanée » des liens (c’est assez classique dans moteur de recherche, lors des ré-indexations), mais quand bien même ils fonctionneraient (les liens) il est difficile de savoir que l’article est en ligne ailleurs, sur HAL-SHS : le lecteur en ligne de MSW est une petite fenêtre en pop-up. Bref, cela ne fait qu’aggraver le cas je trouve, car j’ai l’impression que l’on « cache » le fait que l’article est en ligne en AO avec des métadonnées plus riches (cf. halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00741328).

Pourquoi ? Imaginons un étudiant qui débute cette année en master 2 et qui s’intéresse à l’histoire des maisons fortes du Moyen-âge dans le sud-ouest (bref, moi en 1997) et qui tombe sur le moteur de recherche de MSW. Il tombe sur mon DEA et mes articles sur le Boisset et se dit qu’il doit y avoir dedans des choses à prendre et bien même avec un compte MSW il n’est pas sûr d’avoir accès aux documents ! C’est vraiment dommage car par ailleurs, ils sont sur HAL-SHS, ils sont en libre accès, ils peuvent être cités par leur url (mieux : par les identifiants pérennes handle d’Isidore que je mentionne d’ailleurs dans les métadonnées de HAL-SHS), ils mentionnent l’email et les contacts de l’auteur (au cas où l’étudiant ait envie de me contacter), ils sont reliés à d’autres données dans le cadre d’Isidore (j’espère que sa BU lui a conseillé d’utiliser Isidore)… Bref, d’un coté il a permis à MSW d’engranger de la valeur, mais il n’a pas les documents et donc pas l’information, de l’autre, il a l’information et les documents, le contact, d’autres documents en rapport avec son travail. C’est en cela que je trouve ces pratiques malhonnêtes et que je dis qu’il s’agit de la privatisation de connaissances en libre accès.

J’ai signalé cela sur twitter et MSW m’a répondu sur twitter le 21 octobre 2013 :

Réponse MSW

J’entends bien que le principe est la collecte d’information afin de faire du profilage de personnes, d’ailleurs construire de la valeur sur des données en libre accès pourquoi pas, cela ne me dérange pas dès lors que l’on n’en « privatise » pas l’accès. Pourquoi MSW (et les autres d’ailleurs) n’indiquent-ils pas l’origine des données, que veulent-ils faire croire ? Qu’ils ne moissonnent pas ? C’est à dire que la valeur de leur réseau ne reposerait que sur des métadonnées ? Il me semble que les acteurs publics du libre accès aux données de la recherche devraient fixer des conditions dans les réutilisations des données des AO par exemple : pourquoi ne pas proposer des licences creatives commons, Etalab ou autres ? Cela devrait faciliter les réutilisations et le fait que les données sont en accès libre sur des plateformes publiques ? Je n’entre pas dans les détails juridiques, je ne suis pas assez compétent dans ce domaine, je réfléchis simplement à un de meilleurs accès à l’information.  Les plateformes telles que celle-ci ne devrait elle pas fonder leurs modèles sur la création d’enrichissements, d’éditorialisation des données ? Vous me direz, c’est ce que nous faisons déjà dans Isidore.

En conclusion, étant fonctionnaire et ayant choisi clairement le service public, j’estime que mes travaux doivent être communiqués le plus facilement possible aux publics. Je ne pense pas que les plateformes fondées sur ce modèle favorisent cela et j’estime qu’il y a là une certaine « privatisation » du savoir. Construire de la valeur sur des données gratuites est possible, mais pas en privatisant les données que les auteurs ont placées en libre accès. Ainsi, je souhaite que MSW et les autres réseaux sociaux signalent clairement dans leurs notices :

  • La source des données moissonnées (archives ouvertes, éditeurs, etc.)
  • La mention de la licence quand elle existe
  • Le lien d’origine de la données et l’identifiant pérenne de cette dernière quand il est disponible

Sans doute cela doit nous faire réfléchir, nous acteurs publics de la recherche, aux conditions et règles que souhaitons fixer dans nos interactions (nécessaires) avec la société et donc le monde marchand. Il me semble que les réseaux sociaux, moteurs de recherche sont nécessaires afin de toucher un maximum d’utilisateur et je pense aux étudiants en particulier mais il est de notre responsabilité de favoriser la diffusion des savoirs de façon large et donc de veiller à ce que cela reste possible.

Je rappelle ici, que MSW a organisé en 2013 la semaine du libre accès…

Stéphane.

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18 Commentaires

  1. Merci Stéphane pour cette analyse qui pointe fort justement les limites de ce genre de projet.

  2. Merci Stéphane. Je ne doute pas que les gens de MSW seront sensibles à tes arguments. Je suis ce réseau de loin et son travail sur le marketing de l’openaccess (dès l’OAW12); j’ai rencontré L. Bianchini le 2 juillet 2013 lors de leur intervention à une rencontre ISIDORA (IST, what’s up ? – quelques initiatives au service de la recherche) et j’avais suggéré que MSW devait agir comme surcouche social à HAL (pour la France). Leur valeur ajouté est dans le réseaux, ils devraient pouvoir proposer un modèle premium aux institutions (valorisation de leur production scientifique, conseil) et chercheur (suggestions via text-mining comme ce qu’annonçait déjà en 2009 Mendeley, fonctions avancées de gestion de l’identité numérique du chercheur, etc) tout en résolvant les problèmes que tu pointe.
    2 remarques puisqu’il est question de hal-shs : tu noteras que ces questions de licences de metadata ne sont pas nouvelles; tu semble confirmer qu’il n’y a pas de nouvelle côté CCSD; et personne de chez eux à la journée Isidora sus-mentionnée…qui a pourtant eu lieu à Lyon…dans les bât. du CNRS…et où des outils fort intéressant pour la curation de collections hal ont été présenté (outils développés dans des recoins de labos, comme il se doit).

  3. Cher Stéphane,

    Je vous remercie de mettre sur table des points qui sont au cœur de nos discussion actuelles. En ce qui concerne l’inscription pour l’accès aux contenus, nous donnons effectivement accès de façon centralisée à un grand nombre de publications disponibles par ailleurs sur leurs sites respectifs. Nous proposons un réseau social et une plateforme de communication autour des publications. Notre plus-value (par exemple des suggestions adaptées au profil utilisateur) n’est possible qu’avec une connexion (gratuite soit dit en passant) et un minimum d’informations sur la personne visitant le site. Par ailleurs, même si le moissonnage est une pratique « facile », une indexation exhaustive et efficace l’est moins au vu du manque d’homogénéité flagrante des données. Nous espérons créer de la valeur pour nos utilisateurs en centralisant l’information et en fournissant une recherche efficace.

    Nous affichons l’éditeur lorsqu’il y en a un d’indiqué dans les métadonnées. Dans le cas de vos articles dans HAL-SHS, l’éditeur (en l’occurence l’ADBS) n’est pas indiqué dans les metadata ce qui est regrettable mais cela n’est pas de notre ressort. Nous affichons les informations disponibles dans les metadata à l’heure actuelle mais un grand nombre de publications ne sont malheureusement pas documentées de façon complète.
    L’affichage de l’url d’origine de l’article et du champ source est au cœur de nos développements en cours et devrait être en ligne pour la fin de l’année.

    Par ailleurs, j’ai déjà demandé plusieurs rendez-vous avec les personnes de HAL afin d’éclaircir tout cela mais n’ai jamais reçu de réponse à ce jour. Je suis toujours disponible pour en discuter avec les personnes concernées.

    Je m’excuse des erreurs 404 que vous avez rencontrées. Nous sommes en cours de stabilisation. Je vous prierais de bien comprendre que tout ne peut être parfait lors d’une première version.

    Par ailleurs je suis d’accord avec votre point sur l’utilisation de licences claires comme les creative commons afin que des acteurs comme nous ai moins de difficulté à prendre rendez-vous avec chaque dépôt afin de connaître les droits d’auteur et de réutilisation.

    Cordialement,
    Laurence Bianchini

  4. Stéphane POUYLLAU

    Bonjour,
    Les métadonnées de HALSHS mentionnent bien la « source », y compris en dublin core dans le flux OAI-PMH de HAL : « Documentaliste – Sciences de l’Information ». Voir le lien direct sur le verbe OAI « GetRecord ».

    Cordialement,

    Stéphane.

  5. Je voulais remercier Alain Marois pour ses remarques constructives. Nous avons effectivement de nombreuses fonctionnalités que nous espérons mener à termes au plus tôt.

  6. Merci de cette analyse. L’absence de mention de la source moissonnée (HAL-SHS par ex.) est sans doute le plus choquant. Vous avez raison, un cc-by-sa de l’OAI (pour parler en jargon) s’impose : pas de moissonnage sans respect de BY (mention de la source).

    Mais ce site mysciencework semble très peu attirant, dans son graphisme comme dans ses indexations approximatives, non ? Qui est derrière ?

  7. Hugo Bon

    Critique un peu facile à mon sens si on prend le temps de recadrer les choses.
    Tout d’abord le site actuel a été lancé en septembre 2013 et évolue constamment. Vue la vitesse des développements et implémentations on ne doute pas que bientôt de nouveaux modules améliorations apparaîtront. C’est ça le Web…
    Deuxièmement pour suivre de près leur travail ayant moi même des articles sur MSW je trouve consternant de penser que le moissonnage, le référencement et l’indexation de 28 millions de publications soit une chose facile. Lancez-vous dans ce cas! Puisque c’est c’est simple et que ça crée de la valeur si rapidement.
    Le moteur de recherche derrière évolue lui aussi très vite et je ne doute pas que son efficacité devienne redoutable à court terme. Sans parler de votre mépris pour l’interface qu’il « suffit » de greffer… Avez-vous fait le tour des fonctionnalités de ce réseau social? Il y a déjà plus de 30 000 inscrits en 3 mois, preuve du succès?
    Enfin cela me touche parce qu’encore une fois cet esprit de critique très français fait ses preuves : oui des concurrents existent, ResearchGate détenu par Facebook et Bill Gates, les américains d’Academia et Mendeley racheté par Elsevier (!) il y a 6 mois. Une jeune start-up européenne fondée par des français sort enfin du lot après des années de travail, créée par une scientifique mais il convient de taper dessus au bout de 3 mois d’activité. C’est facile et bien loin d’un esprit de construction pédagogique et d’ouverture d’esprit que vous semblez prôner.
    Peut-être que faire remonter les améliorations et remarques à l’équipe est une solution intéressante aussi. Il sont ouverts au dialogue, croyez-moi.

    HB

  8. bernard corminboeuf

    Bonjour,
    Merci pour ce billet très stimulant qui invite à appuyer parfois sur la touche « pause » pour réfléchir.
    Voici des problématiques très intéressantes qui appellent à prendre en compte les référentiels ou paradigmes sous-tendant ces divers mouvements d’open access, logiciel libre (…) et leur compatibilité avec le monde économique et des business models. Transparence ? Gratuité ? Partage ? Interopérabilité ? Pérennité ?
    Les acteurs institutionnels d’un côté (parfois précurseurs ou franc tireurs), de jeunes entrepreneurs de l’autre, un mastodonte américain au milieu, des consortiums de normalisation cherchant leur place… avec la question de l’évaluation et des circuits de légitimation scientifique en corolaire… En tant que tout petit documentaliste, je ne peux que constater le foisonnement des outils, services et acteurs dans ce domaine, les écarts toujours plus grands entre tâches quotidiennes et enjeux macro-économiques ou sociétaux (info du matin, grâce à Google et aux Big Data nous allons vivre beaucoup plus vieux…sic), la nécessité d’une veille permanente compte tenu des rapides évolutions technologiques et l’arrivée de startups qui tentent de vendre des prestations à des laboratoires publics déjà pourvus en ingénieurs ou sans budget.
    Comme dans la naissance de la sociologie en France (pour répondre aux inquiétudes des changements post-révolution), en Allemagne (trop de données historiques formant un chaos) ou aux Etats-Unis (changements sociétaux rapides ; v. Paul L. Berger, « Invitation à la sociologie », La Découverte, p. 78), peut-être faudrait-il des espaces de réflexion très centraux (et ouverts) pour travailler sur ces questions, ou souhaiter l’émergence d’une nouvelle science ? L’idée d’une revue scientifique portée par le mouvement des Digital Humanities (http://blog.stephanepouyllau.org/701) est intéressante (trans-disciplinaire, associant des acteurs de statuts différents, les rôles de chercheurs / enseignants chercheurs / ingénieurs / techniciens étant aujourd’hui interrogés), mais au-delà des pratiques et des résultats de recherche, un espace heuristique de réflexion, de débat, de controverse sur ce monde en mutation, ses aspirations et ses limites est indispensable.

  9. Avaler et republier des contenus qui ne sont pas placés en licence libre, c’est illégal, c’est du vol, pur et simple. Cela n’a rien à voir avec une quelconque jeunesse technique du projet. Peu m’importe, pour ma part, que les fichiers soient dans une zone d’accès restreinte aux membres. Ce qui doit cesser immédiatement est la republication sans autorisation des articles.
    Il n’y a pas de rdv avec HAL qui tienne. A ma connaissance, les auteurs n’ont pas cédé à HAL une licence leur permettant de céder à leur tour les articles à un tiers, sous droit d’auteur ou sous licence libre. En l’absence de mention particulière, les articles appartiennent à leurs auteurs et à leurs auteurs seulement.

  10. Cédric

    @marin : si une publication n’est pas sous licence libre (ou du moins une licence qui en autorise la reproduction) c’est en effet une atteinte aux ayants droits de la reproduire sans autorisation.

    Mais même dans le cas où la publication est sous une licence qui en permet la reproduction, il est choquant que la mention de cette licence ne figure pas avec la reproduction.
    La plupart des licences libres demandent explicitement que le partage se fasse a minima dans les mêmes conditions, donc en mentionnant explicitement la dite licence sous laquelle le contenu peut-être utilisé et partagé à nouveau (le respect du SA du cc-by-sa pour reprendre les termes d’Alexandre)

    @Laurence : je suis surpris que le simple respect des droits de publication (à savoir mention de la licence, source) puisse être considéré comme une évolution d’une plateforme de partage de contenus, alors que c’est une caractéristique essentielle du-dit contenu.

    Par ailleurs, non la connexion n’est pas « gratuite » : à partir du moment où l’on doit donner son email et son identité pour accéder à un contenu, on le paye par ses informations personnelles, et c’est contraire même au principe de l’Open Access qui, contrairement au libre en général, inclue la notion de gratuité et exclu par principe « any access-denial » (https://en.wikipedia.org/wiki/Gratis_versus_Libre)

    Faire payer (d’une quelconque façon) l’accès au contenu en Open Access est donc manifestement une erreur.
    Il est évident que MSW doit faire payer à un moment sa plus-value, mais celle-ci concerne le packaging. MSW pourrait donc réserver aux personnes enregistrées la recherche avancée, les suggestions, ou d’autres fonctions autour du contenu, mais pas l’accès au contenu lui-même.

  11. Bonjour,

    Merci Stéphane pour ce billet qui soulève des questions importantes. De mon point de vue, ce que tu as identifié relève pleinement d’une enclosure informationnelle et on n’est pas si loin de ce que nous avions dénoncé à propos de RefDoc l’an dernier. On retrouve le même problème d’une exploitation des ressources en libre accès « non équitables », notamment à cause du défaut de mention de source et d’une barrière mise à l’accès pour collecter des données personnelles.

    Suite aux différentes actions que nous avons menées, je pense qu’il est plus juste de parler ici « d’enclosure » que de « privatisation ». Nous avons aussi utilisé ce terme par le passé et il peut être à double tranchant, parce qu’il est très connoté. Enclosure est plus juste (mais ça n’est pas moins critiquable).

    Tu soulèves des questions importantes concernant les licences. En effet, un problème que l’on voit bien apparaître ici, c’est que les données d’OAI ne relèvent pas d’une licence formelle. Il est d’usage que ces métadonnées puissent être réutilisées et dans le dispositif originel de l’OAI, on ne s’était pas tellement préoccupé de savoir s’il fallait poser des conditions à cette réutilisation.

    Du coup, en l’absence de licence, ces métadonnées se retrouvent dans une sorte de « domaine public ». Or autant je suis un fervent défenseur du domaine public pour les contenus, autant pour les métadonnées, nous prônons à SavoirsCom1 l’application de licences, justement pour éviter ces phénomènes d’enclosure.

    La Licence Ouverte d’Etalab impliquerait que en effet une obligation de citer la source et ce, même si les métadonnées ne la mentionne pas. Chez SavoirsCom1, nous estimons qu’il faut aller plus loin et que la vraie garantie contre les enclosures réside dans l’application d’un Share Alike / Partage à l’identique, qui est applicable sur les données avec une licence ODbL. On peut même aller plus loin en construisant directement le Share Alike à partir de la loi du 17 juillet 1978 (j’en avais parlé ici : http://scinfolex.com/2013/09/29/open-data-culturel-enfin-des-archives-libres-sous-le-signe-du-partage-a-lidentique/).

    Maintenant, je tiens à ajouter que ce type de dérives ne doit pas nous faire croire que l’on doit se retrancher derrière un « Copyright: tous droits réservés » dans le domaine des archives ouvertes. Que ce soit pour les métadonnées, mais aussi pour les articles eux-mêmes.

    C’est à mon sens d’ailleurs une vraie faiblesse de l’Open Access en France d’avoir dissocié le « libre accès » de l’application d’une licence libre. On peut même considéré que c’est une forme de dégénérescence du modèle originel de l’Open Access. La déclaration de Budapest se prononce nettement en faveur de l’application d’une licence libre aux articles http://www.budapestopenaccessinitiative.org/boai-10-translations/french

    C’est la même chose pour le Manifeste des Digital Humanities : http://tcp.hypotheses.org/318

    9. Nous lançons un appel pour l’accès libre aux données et aux métadonnées. Celles-ci doivent être documentées et interopérables, autant techniquement que conceptuellement.

    10. Nous sommes favorables à la diffusion, à la circulation et au libre enrichissement des méthodes, du code, des formats et des résultats de la recherche.

    De mon point de vue, de l’Open Access sous copyright constitue une enclosure grave, et même bien pire que celle que l’on constate chez MSW…

    Merci donc pour ce billet et il me semble que la réflexion doit être poussée sur la question de l’articulation entre licences libres et Open Access.

    Calimaq

    • Stéphane POUYLLAU

      Bonjour,
      Merci pour cette contribution. C’est l’une des raisons – dans cette réflexion- pour lesquelles nous avions mis en place les creatives commons dans MédiHAL qui utilise la plateforme HAL.

      Cette photo, faite en 2009 et disponible via MédiHAL, et sous CC :

      République de Djibouti : lac Assal [بحيرة عسل], Pouyllau Stéphane

      Dans MyScienceWork, elle est simplement « signalée » : ici. Tu ne peux pas la « voir » dans MSW à la différence des PDF. Pourquoi, sans doute parce qu’il s’agit d’une image et donc là on voit aussi l’intérêt de signaler le lien d’origine.

      Dans MédiHAL (comme dans HAL d’ailleurs), les métadonnées exprimées le sont en deux formats : dublin core elements set et DC Terms. Le format le plus simple, moissonnable en OAI-PMH, exprime la licence : Ici et n’est pas repris dans MSW. Nous les signalons dans Isidore sous l’étiquette/label : « Condition de diffusion/ré-utilisation », voir : http://www.rechercheisidore.fr/search/resource/?uri=10670/1.hs12qx.

      Stéphane.

  12. Sur la page http://www.mysciencework.com/aboutus, tu verras que c’est une entreprise luxembourgeoise (…) crée en 2010 et qui a levé 1.5 million d’euros de fonds…

  13. Erreur en ce qui concerne la soit-disant absence du CCSD à la journée Isidora : j’y étais ! et en tant que membre du comité de pilotage d’Isidora, j’ai même participé à l’organisation de cette journée ! autant dire que le CCSD est parfaitement au courant des outils développés autour de HAL.

    • Autant pour moi pour la présence officielle; je fais donc volontiers un erratum.
      Ma remarque procédait d’une impression générale (ce qui n’est jamais une bonne façon de faire) à l’issue de cette très riche journée (encore bravo aux organisateurs, donc à vous) : beaucoup de questions autour de hal venant notamment du public de documentalistes de labo ou assimilés confrontés à des problématiques de gestion de collections (et des référentiels attenant), et pas de réponses officielles si je me souviens bien. Je concède tout de suite bien entendu que ce n’était pas nécessairement le lieu (pas une Journée Hal), ni le tempo (programme chargé), et pas nécessairement à un représentant CCSD officiel de répondre à des questions qui étaient posées au fil de l’eau aux intervenants ou en réaction à leurs propos.
      Donc sur la forme, oui, le ccsd était là. Sur le fond je pense ne pas être le seul à avoir pu zapper cela le jour J.

      Par ailleurs, j’imagine bien que le CCSD est « au courant des outils développés autour de HAL ». Mais j’imagine également ne pas me tromper en disant que nombre de personnes dans les labos, mom, cellule OA, etc, en charge de ressources et outils autour de hal…ne sont pas – eux – au courant (et la Journée Isidora comme bien d’autres contribuent à lutter contre cela, on sera d’accord là dessus). Donc je ne regrette qu’à moitié le ton un peu léger de mon commentaire précédent.
      Car c’est bien ce qui m’interpelle : un déséquilibre entre la place centrale de HAL en France dans la problématique OA/IST et la laborieuse dissémination des bonnes pratiques au jour le jour dans les labo, fac, etc. Je pense notamment à l’outil de traitement par lots de collections hal que nombre – moi y compris – semblaient découvrir (encore une fois, c’est une impression; on ne se refait pas ;-), et j’ai bien conscience que pour cet outil précisément la question à résoudre des licences sur les développement a du jouer un rôle). Mais ceci est un autre sujet.

  14. Stéphane POUYLLAU

    Le 6 nov. 2013, MyScienceWork a modifié son interface de moteur de recherche : certains items pointent maintenant sur le fichier d’origine (mais pas le lien donné en exemple dans mon billet (s’agit-il d’une notice ?). En tous les cas, s’il a du progrès, il reste qu’il eut été plus judicieux de donner en lien le conteneur de HAL (url pérenne) plutôt qu’un accès à un lien profond, long, et non citable. Mais il reste la possibilité de lire l’article dans MyScienceWork, enfin si vous avez un code…

    Stéphane.

  15. Stéphane POUYLLAU

    Le 26 février 2014, MyScienceWork a publié un communiqué de presse « MyScienceWork opens access to full catalogue of scientific articles« . Le téléchargement des articles en PDF moissonnés (aspirés en fait : les PDF sont collectés est diffusés depuis les serveurs de MSW) par ce réseau est donc possible sans compte. Je ne sais pas si mon billet a contribué à ce que MSW fasse ces modifications, mais j’espère qu’il a contribué au débat sur les usages des réseaux sociaux « scientifiques » qui s’est levé depuis quelques temps, en particulier sur les carnets de recherche de la plateforme hypotheses.org (voir les pings ci-dessus). Plus globalement, cela pose des question à la communauté de l’IST : celle de l’enclosure souligné par Calimaq dans son commentaire et le lien par exemple avec le statut de diffusion des documents déposés en archives ouvertes. Mais les choses changent vite, car la version de test de HALv3 propose déjà de donner un statut de diffusion (creative commons, etc.) aux données déposées (comme cela fut expérimenté depuis 2010 dans MédiHAL).

    Cela dit, je ne sais pas non plus si c’est la conséquence de mon billet, mais mes publications déposées dans HAL-SHS, ne sont plus visibles/moissonnées? par MSW. En effet, depuis plusieurs semaines, la requête « stéphane pouyllau » (narcissique à souhait ;-), ne donne aucune réponse venant de mes dépôts dans HALSHS, juste mes photographies scientifiques déposées dans MédiaHAL sont encore présentes, mais sans lien me permettant de consulter mes photographies. Mon égo est un peu froissé du coup, mais ce n’est pas très grave :-)

  16. Stéphane POUYLLAU

    [commentaire d’information du 25 février 2016] La plupart des liens fournis par MSW sur mes ressource et que j’utilisais d’ailleurs dans mon billet, ne sont plus valides et donne des erreurs 404.

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